DU FANZINE AU GRAPHZINE-PDF SUR INTERNET
août 29th, 2008Le Fanzine (contraction de Fan et Magazine) est un des avatars du copy-art — ou l’inverse, selon que l’on se place depuis le champ de l’art des musées ou de celui de la production underground. En décembre 1983, une section intitulée Electrographie de l’exposition Electra au Musée d’Art Moderne montrait ces deux composantes issues du détournement de la technologie du photocopieur qui assurait production et diffusion d’estampes-tableau pour les artistes du copy-art et de petits albums à tirage réduit — les fanzines — vendus semi-clandestinement dans les librairies alternatives, à la Librairie Un Regard moderne et à La Hune à Saint-Germain des prés, — à titre de livres d’artistes low-tech — et dans les magasins de vêtements comme celui d’Elisabeth de Senneville. J’avais deux ans et je fréquentais tous ces lieux. Douze ans plus tard, en 1995, un copieur personnel m’a permis de renouveler cette expérience de création-diffusion « Do it yourself », caractéristique de l’underground (l’expression est de Jerry Rubbin et a été reprise fin des années 90 par Hans Urlrich Obrist pour internet cette fois-ci).
Mes fanzines de l’époque s’appelaient : Glère 1, Glaire 2, e-v-d 1, e-v-d 2 + projet B17. Leur date de parution s’est échelonnée entre août 1995 et janvier 1996, en format A5 et photocopies reliées.
Ces cinq éditions de fanzines furent donc créées en l’espace de six mois et diffusées par la librairie Un regard moderne. Nous passons à Canal + le 6 décembre (jour de mon 14e anniversaire), grace au libraire d’Un Regard Moderne. À Paris, en décembre 1995, l’heure est aux attentats et aux grèves. Au collège, le proviseur condamne nos pratiques éditoriales et nous informe que la police avait enquêté auprès de lui sur ces activités « illicites » — underground pourrait-on dire. On peut voir le déroulé des pages de ces fanzines dans mon premier travail de maîtrise.
Si l’on devait retenir un des fanzines les plus intéressants de ce début des années 80 à Paris, ce serait Toi et moi pour toujours réalisé, produit et diffusé par Jacques-Elie Chabert qui en donne les attendus dans le catalogue de l’exposition Electra, et notamment parmi ceux-ci, ce mélange copié-collé de l’intime et du médiatique propre à la pratique du fanzine. Il s’agit ici de reprise de l’esthétique de la « dégénérescence » propre au photocopiage renouvelé de documents de tous ordres allant des dessins aux bribes de pages découpées dans les magazines et journaux tombés sous la main, par le procédé de la sérigraphie en couleurs, pour composer une revue de format A4 : « C’est une encyclopédie objective trimestrielle de l’amour. Son déroulement est thématique suivant le cheminement de la rhétorique amoureuse et de ses entrelacs. Cette revue fonctionne davantage sur l’adhésion et la communion que sur la communication, la compréhension et l’information. C’est une réflexion sur le rapport du texte et de l’image afin de dégager une nouvelle force expressive: le texte dans sa nostalgie en est à la fois l’objet et le liant : l’image dans sa séduction se donne immédiatement à consommer. C’est un univers psychédélique par l’aspect halluciné, moiré, par la présentation étouffante d’un trop-perçu (sur-stimulation sensorielle). C’est un univers kitsch : les choses dénoncées sont elles-mêmes les outils de notre séduction. Toi et moi pour toujours tend à opacifier le réel, bien qu’affleurent quelques amers comme autant de signes référentiels : impression sensible, tactile, odoriférante. La futilité joue également comme facteur d’opacité par le rapport détourné au thème. Toujours elle se nourrit et alimente une économie du déchet, traverse et est traversée par la symbolique du reste, et matérialise la première poubelle de luxe. »

On a ici tous les ingrédients d’une esthétique underground cités : un renouvellement de la lecture du collage, qui tend à l’opacité et à l’accumulation de déchets associée au mauvais goût sensuel jusqu’à l’écœurement psychédélique qui est sans doute l’arme la plus politique d’un art de « dénonciation » tel qu’on le retrouve chez MacCarthy ou Tony Oursler avec ses personnages au monologue fluent, aliéné par la télévision.
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CRACKERS est un graphzine, un projet de revue né en 2005, à Paris 8 mais dont le premier numéro a vu le jour sur le net en 2007. L’idée était de donner une forme à l’idée de Free Art, selon les quelques principes de création énoncés sous le terme Crackisme et dont je me réclame dans ma pratique quotidienne de dessinateur. Cette revue est créée à destination de seule publication sur internet. Crackers réactualise les caractères formels décrits par Jacques-Elie Chabert, mais le mix est encore plus prononcé, la rupture des styles est présente presque à chaque page. L’aliénation des personnages, la subjectivité envahie par les médias et l’internet est encore plus forte et l’idée d’insérer ce graphzine dans le tissu même de ce terrain de l’aliénation globale qu’est le net est intéressante.
